Lorsque Intisar, âgée de 20 ans, est décédée à Madrid le 6 avril, sa famille n’a pas trouvé de concession disponible dans les deux espaces funéraires musulmans de la région. Son père, Redwan Karmoun, raconte qu’on lui a dit qu’il n’y avait plus de place. La famille a finalement organisé le rapatriement de son corps au Maroc, où elle a été enterrée neuf jours après son décès.

Karmoun affirme que le corps d’Intisar a été embaumé et conservé en Espagne pendant une semaine, le temps de remplir les formalités. Le trajet a comporté un vol jusqu’à Casablanca, puis un transport routier jusqu’à Tétouan. Le rapatriement depuis l’aéroport Barajas de Madrid a coûté environ 4 000 €, explique-t-il, contre jusqu’à 4 850 € pour une inhumation musulmane dans la région.

Ce cas illustre la pénurie plus générale de lieux d’inhumation adaptés aux pratiques islamiques. Un rapport de l’association Entierro Digno a établi que seuls deux cimetières sur 1 000 en Espagne sont aménagés pour les inhumations musulmanes. Le groupe a recensé 44 sites d’inhumation islamiques dans le pays, mais indique n’avoir vérifié les informations sur leur capacité que pour 14 d’entre eux. Sa porte-parole, Maysoun Douas, affirme que de nombreuses municipalités ne disposent d’aucun cimetière dédié ni d’emplacement prévu à cet effet.

L’Espagne compte environ 2,5 millions de musulmans, soit près de 5 % de la population, selon l’Observatoire démographique CEU CEFAS. Les rites funéraires islamiques comprennent la toilette du défunt, l’enveloppement du corps dans un linceul et son placement directement en contact avec la terre, tourné vers La Mecque. Selon le rapport, l’inhumation sans cercueil n’est autorisée que dans cinq communautés autonomes ainsi qu’à Ceuta et Melilla.

Les familles peuvent devoir parcourir de longues distances pour trouver un lieu adapté. Temir Naziri raconte qu’un ami qui vivait à Madrid a été enterré au cimetière musulman privé Alsalam, à Chiva, dans la province de Valence. La tombe et l’inhumation ont coûté 3 700 €, auxquels se sont ajoutés 2 450 € pour les services funéraires et le transport depuis Madrid. La famille souhaitait une inhumation définitive sans cercueil, mais l’ami a finalement été enterré dans un cercueil en bois.

Le directeur de pompes funèbres Javier Moreno explique que les formalités administratives varient selon le lieu où le transfert est organisé et le pays de destination. Les rapatriements vers le Maroc peuvent nécessiter une attestation indiquant que la personne n’est pas décédée d’une maladie infectieuse, ainsi que des documents confirmant son identité. Les différences entre les noms enregistrés en Espagne et au Maroc, de même que la nécessité de traduire les documents, peuvent entraîner des retards. Moreno indique que les rapatriements peuvent prendre de quelques jours à deux mois.

Le rapport souligne également les lacunes des assurances obsèques. Les contrats peuvent prévoir un montant fixe pour couvrir les services funéraires sans garantir l’accès au personnel ou aux installations nécessaires aux rites islamiques, notamment à la toilette rituelle. Douas affirme que les familles ont besoin d’informations plus claires sur la capacité des cimetières et les services publics prévus pour répondre aux besoins religieux de différentes communautés.

Sources: El País Sociedad.